Ce que dessiner m’apporte.

Je dessine depuis toujours, mais depuis quelque temps, une pratique a resurgi dans mon travail : le dessin au feutre de couleur. Pas l’esquisse préparatoire, le dessin comme œuvre à part entière. Une feuille, des feutres, et le même principe que pour ma peinture : commencer sans savoir où l’on va, laisser le premier geste décider du sujet.

C’est une intention.

Là où un tableau construit peu à peu sa surface, le dessin à l’encre reste nu. Chaque ligne est définitive, et c’est précisément cette irréversibilité qui m’y retrouve : elle impose la même liberté totale d’exécution.

Le dessin a longtemps été considéré comme l’arrière-boutique de l’art : l’étude, le brouillon, la répétition privée avant l’œuvre « sérieuse ». À la Renaissance déjà, le “disegno” disait pourtant l’inverse, le dessin comme « chose mentale », projection d’une idée avant d’être un tracé. Et la philosophie de l’art moderne a fini par retourner la définition : la valeur d’un dessin ne réside plus dans sa préparation d’autre chose, mais dans sa capacité à rendre visible le dynamisme de la pensée qui l’a produit. 

Le dessin contemporain a tiré les conséquences de ce basculement. On le voit partout sur la scène actuelle : des foires et des institutions lui consacrent des événements dédiés, et il séduit par son immédiateté et son authenticité, dans un âge saturé d’images numériques lisses, il offre un retour au geste, à la trace physique de la main. 

C’est peut-être l’un des territoires les plus libres de la création, où l’on peut rester brut sans paraître inachevé, précis sans devenir rigide.

Mes illustrations y prolongent les figures qui traversent déjà ma peinture : profils, yeux, traces, fragmentation. Mais sur le papier, elles s’évoquent plus vite. C’est le même récit, dit à voix haute.

Chaque dessin reste, comme chaque toile, une pièce unique, sans reproduction.